lundi 28 janvier 2008

Soap Movie, The International Story of la Savonnette

Au détour de mes recherches sur internet, je suis tombée sur plusieurs sites retraçant l'histoire du savon. Loin d'être anecdotique, l'histoire du savon accompagne celle de l'hygiène, des connaissances médicales et l'évolution des sociétés vers la vie urbaine. Voici le Soap Movie, the international Story of la Savonnette.

"La longue histoire du savon commence il y a 4.500 ans.

Les sumériens fabriquent la recette d'une pâte savonneuse à base de graisse et de carbonate de potassium, un détergent semblable à celui qu'utilisent les Egyptiens pour laver leur linge. Ils l'emploient également comme remède contre les maladies de la peau, mais pas pour la toilette quotidienne. Les Germains et les Gaulois se servent du savon pour éclaircir et colorer leurs cheveux, et les élégantes Romaines ne tardent pas à l'adopter.

A Rome, la pâte savonneuse venue de Gaulle et de Germanie est employée comme remède. Malgré une tradition du bain très développée, c'est seulement à partir du IIème siècle après J.C. que les Romains l'utiliseront pour se laver. Les Arabes mélangent les cendres de plantes maritimes contenant de la soude - al-qali en arabe - aux corps gras.

Patrick Boulanger - Historien
La civilisation arabe va avoir l'inspiration d'utiliser les bases, les substances basiques contenues dans les cendres des plantes des littoraux. Pour la faire entrer dans la composition du savon et en utilisant cette soude naturelle, on allait obtenir du savon, un savon à la consistance beaucoup plus ferme et qui allait moins se dissoudre dans lŽeau pour laver aussi bien les corps que les vêtements.

Et à partir du VIIème siècle, ils utilisent de la chaux cuite pour la fabrication de la lessive, ce qui leur permet d'obtenir des savons plus durs et plus fermes. C'est grâce à eux que l'industrie du savon gagne les côtes méditerranéennes en Espagne, en Italie, et surtout à Marseille. Son port devient le principal centre de transit du savon ainsi que des matières premières et parfums utilisés pour sa fabrication. Au IXème siècle, de nombreuses savonneries s'installent dans la cité phocéenne.
Elles fabriquent un savon particulièrement doux à base d'huile d'olive et non plus de graisse animale, vendu sous l'appellation " Savon de Marseille " qui devient bientôt sa marque de fabrique.



Au Moyen Age, alors que l'Espagne, l'Italie et la France dominent le marché, des corporations de savonniers commencent à se créer en Allemagne, en Autriche et en Pologne. Le savon reste un luxe coûteux auquel seuls les riches peuvent accéder dans un premier temps. Mais progressivement, un grand nombre de bains publics s'ouvrent dans les villes.

Hommes et femmes barbotent ensemble dans les baquets. Ils s'adonnent sans retenue aux plaisirs de la chair et à tous les débordements - au grand dam de l'Eglise qui interdit aux ecclésiastiques de fréquenter les bains publics, bien consciente que la chair est faible� .
Les menaces et interdictions sont vaines, mais la peste et la syphilis auront vite raison de ce que l'Eglise voulait tant abolir : avec les épidémies cessent les plaisirs du bain, la peur de la contamination se répand comme une traînée de poudre.

Prof. Georges Vigarello, Université - Paris VII.
Les bains vont être considérés comme dangereux, parce qu'on pense que l'eau, le contact, la chaleur, le fait que les pores s'ouvrent favorise la contamination par ce que l'on appelle le venin de l'air.

La toilette, aux XVIème et XVIIème siècles, se pratique désormais " à sec " : l'eau est remplacée par des linges propres, le savon par des poudres et parfums. Avec le triomphe de la société bourgeoise, le naturel et la propreté sont élevés au rang de valeurs morales. La propreté est associée désormais à la notion d'hygiène publique, car la puissance d'un Etat moderne passe par une main d'oeuvre saine.

Au XIXème siècle, la révolution industrielle amène vers les villes des hordes d'ouvriers qu'il faut loger avec leurs familles. On leur construit des blocs d'immeubles aux sombres arrière-cours dans les centres industriels, des logements humides et froids aux installations sanitaires des plus rudimentaires.Et si, désormais, la soude caustique obtenue à partir du sel de cuisine permet enfin la production industrielle du savon, il est surtout destiné à l'industrie textile, qui en fait une grande consommation. On entreprend d'éduquer les masses. L'apprentissage de l'hygiène corporelle commence à l'école et continue sous l'autorité de l'armée, qui impose la douche et le savon. La douche permet désormais de mettre la théorie en pratique. Réservée jusque-là à l'hydrothérapie, elle devient l'instrument de l'hygiène des masses dans les bains publics qui s'ouvrent un peu partout. Des lieux où l'on peut, certes, patauger dans les bassins collectifs, mais aussi s'offrir un bain de mousse en cabine individuelle.

Il faut attendre le milieu du XXème siècle pour trouver une salle de bain dans la plupart des habitations, la fonction même du bain change. Plus que l'hygiène, on y recherche désormais des sensations. Et, abstraction faite des goûts et des couleurs, les luxueuses salles de bain de la société d'abondance révèlent un certain style de vie.

Prof. Wolfgang Kaschuba
La nouvelle tendance mêle la notion de " bonne santé "à quelque chose qui s'apparente plutôt à la décontraction . L'époque de la brosse en chiendent, du lavage pur et simple est révolue. C'est un nouveau rapport au corps. Bien sûr, il y a derrière tout cela une puissante industrie qui répond aux attentes - et les suscite - en proposant des produits toujours plus séduisants�
La publicité prend le relais et vante les mérites du savon dans un déluge de mousse et d'exotisme sensuel. Désormais, savon rime avec séduction, préliminaires érotiques�


Après l'effondrement du marché du savon au cours de ces dernières décennies, deux créneaux se dessinent aujourd'hui : les savons de luxe aux savantes effluves d'une part, les produits entièrement naturels d'autre part.

Le Savon de Marseille lui-même retrouve les faveurs des consommateurs. Et pourtant, de nombreuses savonneries marseillaises ont dû fermer leurs portes ou consentir à un rachat. Car aujourd'hui, il est beaucoup plus rentable de délocaliser sa production en Asie. L'industrie du savon fait elle aussi les frais de la mondialisation �

Autre tendance majeure : le récent engouement pour la fabrication à domicile de savons naturels et créations originales. Sur internet, on peut acheter les ingrédients nécessaires pour jouer les apprentis alchimistes.

Cette vogue des produits traditionnels et des ingrédients végétaux profite également au fameux " pain d'Alep ". A base d'huile d'olive et de baies de laurier, il est fabriqué en Syrie selon un procédé inchangé depuis des siècles, requérant 9 mois de séchage. Ce produit 100% naturel connaît en tant que tel un vrai regain d'intérêt en Europe, qui renoue ainsi avec la tradition ancestrale des grands savonniers arabes."

Sources : Les archives d'Arte, Le savon

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